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Décembre
2016


Janvier/Février
2017

Sortir du désert culturel lorsqu'on a un handicap acoustique

Les membres de l'association Handicap acoustiques 44, épaulés par des étudiantes du lycée Charles Péguy de Gorges en BTS Animation des territoires ruraux, ont été ambitieux pour ces deuxièmes assises placées sous le signe de la culture.

L'enjeu de cette journée : informer, sensibiliser, interpeller sur l'isolement vécu par les personnes souffrant de troubles auditifs acoustiques (hyperacousie, acouphènes, maladie de Ménière) notamment en matière culturelle.

Isolement est même un terme encore faible pour certaines d'entre elles. Les organisateurs de l'événement n'hésitent pas à parler de "désert culturel". Car, pour quelques personnes (hyperacousiques notamment), sortir de chez elle est impossible tant nous vivons dans une société rythmée par les bruits. Le domaine de la culture n'est pas en reste d'ailleurs : comment aller au cinéma, au théâtre, à un concert quand le son, trop fort, provoque douleurs et parfois nausées et vertiges ? Comment fréquenter les médiathèques quand les bruits de chaises, de talons, de portes qui claquent augmentent les acouphènes ? Comment participer à un club de lectures quand l'audition est affectée par ces sons envahissants ?

 

 

Des professionnels, des personnes concernées par ces handicaps, des artistes ont contribué à la réflexion autour de l'accessibilité culturelle :

  • Accéder au cinéma : le témoignage de Joëlle Ménard de l'association Un copain comme les autres de La Chapelle-sur-Erdre, organisatrice des séances cinéma différence, laisse entrevoir des pistes intéressantes pour l'accès au cinéma des personnes souffrant de handicaps acoustiques. Tout comme lors des séances cinéma différence, baisser le son, choisir des films sous-titrés, permettre l'entrée et la sortie des personnes ayant besoin de s'éloigner un moment, accueillir le public non concerné pour informer et sensibiliser, sont autant de mises en œuvre à tenter. C'est ce que fera Handicaps acoustiques 44 en partenariat avec le cinéma Le Cep à Vertou en décembre.
  • Accéder à des événements culturels  : avec Laurence Royer de Handiclap, Olivier Raballand de T'cap, deux lectrices des Jocondes, de Claire Douay de Faultrier pour l'association Histoires de..., les questions de l'accessibilité universelle ont été abordée. Pas d'angélisme lors de cette table ronde. Tendre vers l'accessibilité universelle est primordial mais le réalisme s'impose : ce qu'il conviendrait d'aménager pour les uns (pas ou très peu de bruits pour les personnes souffrant de troubles auditifs acoustiques) ne convient pas pour les autres (des sons pour les personnes malvoyantes ou aveugles). Mais l'accessibilité universelle traverse le champ de l'information et celui de la communication. Les organisateurs d'évéments culturels peuvent prendre en compte les personnes ayant des acouphènes ou de l'hyperacousie ainsi que ceux atteint de la maladie de Ménière en informant sur leurs supports de communication quel-s lieu-x, action-s, spectacle-s, exposition-s sont adaptés car accessibles facilement, ne comportant pas trop de stimulis sonores, réservés à un très petit nombre de personnes, etc. 
  • Participer à des activités culturelles et artistiques : adapter le déroulement d'ateliers et de rencontres en bibliothèque (témoignage de Annie Cassard de la Bibliothèque départementale de Loire-Atlantique), sensibiliser les publics à une bonne écoute de la musique (témoignage de Wilfried Hé de Muzazik), sensibiliser à tous les handicaps (témoignage de Elisabeth Chabot des Editions d'un Monde à l'Autre et Sylvie Beauger, auteure) sont autant de postures favorisant, à la fois la participation des personnes concernées, mais aussi le changement de regard porté sur elles, garant d'un accueil bienveillant et d'une volonté de s'adapter pour permettre des pratiques communes.

Pour mieux appréhender les troubles acoustiques, plusieurs présentations ont été faites de l'hyperacousie, des acouphènes, de la maladie de Ménière sous la forme d'exposition et d'exposés.

Mais l'enjeu, pour les organisateurs, étaient de faire de cette journée un temps de découverte culturelle pour tous et particulièrement pour les personnes souffrant de ces handicaps. Des spectacles ont ainsi été proposés :

  •  une magnifique lecture spectacle sur le thème du handicap, "Les maux pour le dire" proposée par le Théâtre du Reflet, complètement accessible car sans musique ;
  • un spectacle humoristique construit autour de textes de Raymond Devos entièrement adapté pour l'occasion. Les interprètes et le metteur en scène ont accepté ce défi de reprendre leur spectacle pour supprimer la musique, informer les spectateurs par un code visuel de l' "arrivée" prochaine d'un son pouvant être dérangeant, se déplacer sur le plateau avec le moins de bruits possibles. Ils ont ainsi offert un moment agréable à des personnes qui n'étaient pas sorties depuis longtemps et se sont adaptés eux-mêmes dans leur jeu et leurs habitudes d'acteurs (plus d'applaudissements hauts et forts pour exprimer l'approbation ; juste les applaudissements silencieux de la langue des signes qui peuvent paraître moins chaleureux).

Ces deux moments, suivis d'un échange sur le bord du plateau, ont permis aux spectateurs particulièrement non concernés par les handicaps acoustiques de prendre conscience des enjeux liés à la reconnaissance de ces handicaps.

Car, l'autre volonté des organisateurs étaient aussi d'interpeller les politiques et les citoyens car ces handicaps ne sont pas reconnus. La loi de 2005 sur la participation et la citoyenneté des personnes en situation de handicap, n'aborde qu'imprécisément ces handicaps. Mais le combat est difficile pour faire entendre la voix des personnes concernées par ces handicaps invisibles d'autant que le milieu médical ne semble pas être un allié.

 

 

Cette journée s'inscrivait dans un projet de territoire. Plusieurs actions ont encore lieu pour sensibiliser aux handicaps auditifs acoustiques :

  • un atelier d'écriture avec Sylvie Beauget du 21 novembre au 9 janvier 2017 à la bibliothèque de la Haye-Fouassière
  • une séance de cinéma  adaptée le 3 décembre au cinéma Le Cep de Vallet
  • une lecture de textes de Sylvie Beauget par le comédien Eric Ferrat du Théâtre du reflet le 13 janvier 2017 à la médiathèque de Vertou
  • une rencontre avec les Editions d'un Monde à l'Autre le 14 janvier 2017 à la médiathèque de Clisson
  • Plusieurs lectures par le collectif Les Jocondes mises en espace par Eric Ferrat le 4 novembre 2016 à la médiathèque de Vallet, 25 novembre à la médiathèque de St Julien de Concelles, le 18 janvier 2017 à la médiathèque de Vertou
  • la lecture spectacle "Les maux pour le dire" par le Théâtre du Reflet le 7 janvier 2017 à la médiathèque de St Julien de Concelles.

Le programme est présenté sur https://fr.ulule.com/handicaps-acoustiques/

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